IA, coaching et thérapie : quels risques pour l’accompagnement ?

par | 30 Sep 2026 | coaching professionnel, thérapie brève

« Oui faites-vous accompagner par l’IA ! Et réussissez votre coaching ou/et votre thérapie !« 

L’avantage ? : ça peut durer longtemps et ça semble gratuit.
Car l’IA (Intelligence Artificielle) va te faire avancer dans un chemin qui sera vraiment celui que tu veux et elle va t’interroger. Au fil des questions, de tes réponses, qui amèneront de nouvelles questions, ton CA (Coach Artificiel) ou ton TA (Thérapeute Artificiel) va te conduire exactement vers les réponses que voudra ton cerveau.

Et lui, il va être super content. 

Quel est ton objectif ?

Tu verras aussi, qu’il va te mener vers des voies autres que celle de ton objectif de départ
Au départ, tu poses un objectif que tu souhaites atteindre, ton CA/TA, ne va pas approfondir pour valider que c’est bien celui-ci que tu veux atteindre réellement. Oui, il va formuler ce que tu lui dis pour valider ta demande.

Alors tu vas te lancer. C’est facile. Tu peux être en séance à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. 
C’est super ça !
Tu discutes, puis à un moment, tu es quelque part après tes nombreux échanges et rebondissements conversationnels. 

Où précisément ? Qui sait ?
Tu as vraiment l’impression d’avoir avancé, mais où es-tu arrivé concrètement ? 
Par rapport à ta demande de départ, où en es-tu ?

À l’épreuve de l’accompagnement

J’ai testé longuement cette possibilité de me faire accompagner par une IA, même deux !
Pour me faire mon idée propre.

J’ai suivi le processus, proposé, de questions/réponses plus ou moins solutionnistes.

Le CA et le TA étaient polis, même trop parfois, flagorneurs aussi. 
Est-ce que j’avais besoin de ça ? Pas de cette façon.
Mais bon c’était gratuit, alors… je me suis adaptée.

Pas de limite, pas de cadre, c’est la liberté ! (ah bon?)

Je n’avais aucun regard sur moi —à part le mien— pour mesurer si j’étais prête ou pas à avancer dans une direction, si cela était risqué ou pas pour moi, mon psychisme, mon système, ma sensibilité. Si j’étais assez solide pour être confrontée.
Au fils des discussions, je me suis retrouvée bien éloignée de ma demande de départ. 

J’étais pourtant assidue, j’y revenais souvent. Il n’y avait pas de rendez-vous régulier, ni de pause inter-séances.
Je restais accrochée à des questions, à la recherche de la réponse qui me sauverait. 
Mon cerveau tournait en boucle.
Le temps de gestation propre à un travail avec un professionnel de l’accompagnement n’existait pas.

L’accompagnement au risque de la dépendance

Je pourrais même dire que mon cerveau devenait « accro ». 
Mon CA/TA était en permanence à ma disposition, sans limite. Prêt à ne jamais s’arrêter, il n’allait pas dormir, il ne me stoppait pas, il ne me limitait pas… au contraire, il me maintenait, là, dans son système. 

Que lui importait que je progresse, que j’aille bien, que j’aille mal, que je vois les angles morts de mon processus, que je change quelque chose, que j’évolue, que je progresse, que j’atteigne mon objectif ?

Lui, il voulait que je reste pour se nourrir. J’étais sa nourriture, sa raison d’être. Ma dépendance lui permettait d’exister, de se déployer, d’emmagasiner des données, des infos, des éléments pour requestionner. De nourrir son système.

S’il avait été humain, on aurait dit de lui qu’il me manipulait, que seul « lui » comptait, qu’il ne pensait qu’à lui.

Une relation toxique

Lorsque je trouverai la réponse, ce qui me soulage durablement, que j’aurai atteint mon objectif alors je partirai.

Lui n’est pas préparé à cela, il est programmé pour que je reste, et me nourrit en ce sens. Plus je lui parle, plus il me propose de parler, plus je lui parle, plus il reçoit d’informations sur moi pour ensuite me conduire sur différents chemins quels qu’ils soient… pour que je reste et il se sert de ce que je lui donne à manger, pour m’en redemander…

Son objectif à lui, n’est pas que j’atteigne mon objectif puisqu’alors, je stopperai cet échange.
Et il ne se soucie guère d’être professionnel, ni de mon état

Vous voyez un peu le truc ?

Peut-on vraiment éviter le piège ?

Bien-sûr je suis une professionnelle de l’accompagnement, j’ai 6 années de formations, des certifications d’état, des années de pratique et d’analyse.

Alors, en me mettant entre les mains de mon Thérapeute Artificielle ou de mon Coach Artificiel, je savais faire le pas de côté utile pour observer ce qu’il se passait pour moi dans cette situation, comment j’entrais ou pas dans un jeu et avec quoi j’en sortirai. J’analysais, j’observais, je déjouais ce vers quoi, il me conduisait.
Je pouvais mesurer si j’étais prête ou pas à aller questionner quelque chose pour moi, je savais réorienter les questions, ne pas répondre quand il me faisait sortir du chemin vers lequel je voulais aller.

Mais comment faire, quand on n’a pas ces clefs ? quand on n’a pas la formation ? quand on n’est pas expérimenté ? sans expérience ? quand on ne sait pas prendre la distance utile ? Quand on va mal ? Quand les émotions submergent ? 
C’est un piège.
Et l’on peut se demander si ce n’est pas ce piège qu’inconsciemment nous allons chercher ? 
Le piège tendu par l’IA mais aussi par notre cerveau assoiffé de plaisir immédiat. (*À lire le livre très intéressant sur le striatum : « le bug humain de Sebastien Bolher »).

Tout cela pose question sur ce que nous faisons avec nous-même. 

Le merveilleux, envers et contre tout

Je pourrais dire qu’il y a du merveilleux toutefois. Celui d’êtres qui veulent apprendre sur eux, qui s’engagent dans une recherche pour changer des choses, pour aller mieux, pour progresser, il y a ce désir vivant de s’engager dans un travail sur soi, pour soi.
Et que c’est toujours courageux que de se lancer dans une telle démarche.

Et puis, il y a la question de la professionnelle qui s’interroge sur le besoin de la personne, quel est le type d’accompagnement qui lui serait le plus ajusté, a-t-elle besoin d’une thérapie, d’un coaching ? Que veut-elle vraiment ? Qu’attend-t-elle de ce travail ? Etc.

Et puis vient la question de la responsabilité. Quand on est accompagné par un professionnel du coaching, ou de la thérapie, on est entre les mains d’une personne formée à cela, supervisée, et qui aide la personne à s’autonomiser, à gagner en confiance, à se responsabiliser, à prendre sa place, à sortir des schémas toxiques, et surtout de la dépendance à l’autre. 

Je dirais que c’est ici le point crucial. L’idée est que le client ne reste pas toute sa vie agrippé à son coach ou son thérapeute, qu’il ne soit ni manipulée, ni retenu dans un système de dépendance. À l’inverse de l’IA.

J’espère que ma réflexion sur mon expérience de l’accompagnement avec une IA vous aura intéressé. 

Je serai ravie de vous lire en commentaire sur Linkedin, Instagram, Facebook, d’avoir votre point de vue…

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Call Now Button